Fiqh

Tableau complet des parts des héritiers selon le Coran

20 février 2026 · 10 min de lecture

Tableau complet des parts des héritiers selon le Coran
CI

Cheikh Ibrahim Al-Mansouri

Juriste islamique, spécialiste du fiqh al-mirath

Épouse, enfants, parents, frères et sœurs... Retrouvez le tableau détaillé des parts de chaque héritier selon les versets coraniques.

Tableau complet des parts des héritiers selon le Coran

Le droit successoral islamique, appelé ‘ilm al-farâ’id ou fiqh al-mîrâth, repose sur des règles précises établies principalement dans le Coran et complétées par la Sunnah et le fiqh.

La sourate An-Nisâ’ contient notamment les versets fondamentaux concernant les parts successorales : 4:11, 4:12 et 4:176. Ces versets définissent plusieurs parts déterminées, mais la part réelle d’un héritier dépend toujours de la composition complète de la famille du défunt. (Quran)

Il est donc important de ne pas prendre une fraction isolée et de l’appliquer automatiquement à une succession.

1. Les principales parts mentionnées dans le Coran

Les fractions que l’on retrouve dans les textes sont notamment :

  • 1/2
  • 1/4
  • 1/8
  • 2/3
  • 1/3
  • 1/6

Ces parts sont appelées les furûd (الفروض), c’est-à-dire les parts successorales déterminées.

Le Coran précise notamment les droits des enfants, des parents, des époux et de certains frères et sœurs. (Quran)

2. Les enfants

Les règles concernant les enfants sont principalement exposées dans la sourate An-Nisâ’, verset 11.

👦 Un fils et une fille

Lorsqu'un fils et une fille héritent ensemble, le principe coranique est :

un garçon reçoit la part de deux filles.

Cela est formulé dans le verset 4:11 : la part du garçon est équivalente à celle de deux filles. (Quran)

Par exemple, lorsqu'il n'y a que deux enfants, un garçon et une fille, après les autres droits successoraux applicables :

  • fils : 2 parts
  • fille : 1 part

Soit un total de 3 parts.

3. Une fille unique

Lorsqu'il n'y a qu'une seule fille et qu'elle est dans la situation où elle hérite en tant que fille unique sans frère, le Coran lui attribue :

1/2

Le verset 4:11 mentionne explicitement la moitié pour une fille unique. (Quran)

Attention cependant : cette indication ne signifie pas que toute succession comportant une fille unique se résume automatiquement à 50 % pour elle. La présence d'autres héritiers peut modifier la répartition globale.

4. Deux filles ou davantage

Lorsque le défunt laisse deux filles ou davantage, en l'absence de fils et dans la situation visée par le verset :

2/3

Les filles se partagent alors collectivement les deux tiers. (Quran)

Par exemple, avec deux filles :

  • fille 1 : 1/3
  • fille 2 : 1/3

Le total représente 2/3.

5. Le père

Le père possède plusieurs situations successorales possibles.

Lorsque le défunt laisse des enfants, le Coran indique :

1/6

pour chacun des parents dans cette situation, donc notamment 1/6 pour le père. (Quran)

Mais le père peut également avoir un rôle différent dans certaines configurations successorales.

C'est pourquoi il serait incorrect de dire simplement :

« Le père reçoit toujours 1/6. »

La présence ou l'absence de descendants et les autres héritiers doivent être prises en compte.

6. La mère

La mère possède également plusieurs situations.

Lorsque le défunt laisse des enfants

La mère reçoit :

1/6

Le Coran mentionne également une réduction à 1/6 lorsque le défunt laisse des frères ou sœurs dans la situation prévue par le verset. (Quran)

Lorsque les parents sont les seuls héritiers dans la situation mentionnée

La mère peut recevoir :

1/3

Le verset 4:11 indique cette situation particulière. (Quran)

Il existe toutefois des configurations particulières en fiqh où le calcul effectif de la part de la mère nécessite une analyse plus précise.

7. Le mari

Le Coran fixe également les parts du mari lorsque son épouse décède.

Si son épouse n'a pas de descendant

Le mari reçoit :

1/2

Si son épouse laisse un descendant

Le mari reçoit :

1/4

Ces deux situations sont explicitement mentionnées dans la sourate An-Nisâ’, verset 12. (Quran)

8. L'épouse

La situation est inversée lorsque c'est le mari qui décède.

Si le mari ne laisse pas de descendant

L'épouse ou les épouses reçoivent collectivement :

1/4

Si le mari laisse un descendant

L'épouse ou les épouses reçoivent collectivement :

1/8

Si plusieurs épouses existent, cette part est partagée entre elles. (Quran)

9. Les frères et sœurs utérins

Le verset 4:12 évoque également le cas d'une personne décédée ne laissant ni ascendant ni descendant dans la configuration appelée kalâla.

Lorsqu'un seul frère ou une seule sœur concerné(e) est présent(e), la part indiquée est :

1/6

Lorsque plusieurs sont présents, ils se partagent :

1/3

Le verset précise également que cette répartition intervient après les dispositions testamentaires et les dettes, dans le cadre indiqué par le texte. (Quran)

10. Les frères et sœurs dans le cas de kalâla

Le verset 4:176 apporte une autre règle concernant la kalâla, c'est-à-dire une situation successorale particulière où le défunt ne laisse pas de descendants ni d'ascendants dans le sens concerné par le verset. (Quran)

Une sœur

Si un homme décède sans enfant et laisse une sœur dans la situation visée :

1/2

Deux sœurs ou davantage

Elles reçoivent collectivement :

2/3

Frères et sœurs ensemble

Le Coran indique :

un homme reçoit la part de deux femmes. (Quran)

11. Tableau récapitulatif

HéritierSituation prévue dans les textesPart

Fille unique

Situation prévue par 4:11

1/2

Deux filles ou plus

Sans fils, situation prévue par 4:11

2/3 collectivement

Fils + filles

Ensemble

2 parts au fils pour 1 à la fille

Père

Défunt laissant un enfant

1/6

Mère

Défunt laissant un enfant

1/6

Mère

Situation particulière où les parents sont les seuls héritiers

1/3

Mari

Épouse décédée sans descendant

1/2

Mari

Épouse décédée avec descendant

1/4

Épouse(s)

Mari décédé sans descendant

1/4 collectivement

Épouse(s)

Mari décédé avec descendant

1/8 collectivement

Frère/sœur

Situation de kalâla visée par 4:12

1/6

Plusieurs frères/sœurs

Situation de kalâla visée par 4:12

1/3 collectivement

Sœur

Kalâla, situation de 4:176

1/2

Deux sœurs ou plus

Kalâla, sans descendants

2/3 collectivement

Frères + sœurs

Kalâla

2 parts au frère pour 1 à la sœur

Les règles ci-dessus sont tirées principalement des versets 4:11, 4:12 et 4:176. (Quran)

12. Pourquoi ne peut-on pas simplement additionner les fractions ?

C'est l'une des difficultés principales du calcul successoral islamique.

Prenons un exemple simplifié :

Un homme décède et laisse :

  • son épouse ;
  • sa mère ;
  • son père ;
  • un fils ;
  • une fille.

On ne peut pas simplement dire :

épouse = 1/8
mère = 1/6
père = 1/6
fils = 1/2
fille = 1/4

puis considérer que le calcul est terminé.

La succession doit être calculée dans son ensemble.

Il faut notamment déterminer quels héritiers sont effectivement concernés, quelles parts fixes leur reviennent et comment le reliquat est traité selon les règles du fiqh.

C'est pourquoi le fiqh al-mîrâth constitue une discipline à part entière.

13. Le principe du ‘awl

Dans certaines successions, la somme des parts fixes peut dépasser la totalité de la succession.

C'est notamment dans ce type de situation que le mécanisme du ‘awl intervient dans le droit successoral islamique classique.

Les parts sont alors ajustées proportionnellement selon les règles du calcul successoral.

Cela montre pourquoi une simple lecture du tableau des fractions ne suffit pas pour déterminer une succession réelle.

14. Le reliquat et le principe du ‘asabah

Toutes les situations successorales ne consistent pas uniquement à distribuer des fractions fixes.

Dans certaines configurations, après attribution des parts déterminées, un reliquat peut subsister.

Les règles de la ‘asabah permettent alors de déterminer à qui revient ce reliquat selon la configuration familiale.

C'est notamment dans ce contexte que le principe selon lequel le proche parent masculin peut recevoir le reliquat apparaît dans la jurisprudence successorale issue de la Sunnah.

Il s'agit donc d'un domaine où le fiqh complète l'application pratique des versets.

15. Avant de calculer : les dettes et la wasiyya

Une erreur fréquente consiste à appliquer directement les fractions au patrimoine brut du défunt.

Or les versets relatifs à l'héritage mentionnent les dispositions testamentaires et les dettes dans le contexte du calcul successoral. (Quran)

Il faut donc distinguer :

Patrimoine du défunt

↓

Frais et obligations successorales applicables

↓

Dettes

↓

Wasiyya valide

↓

Répartition entre les héritiers

L'ordre exact et les détails juridiques peuvent varier selon les écoles de fiqh et le droit applicable.

16. La wasiyya ne permet pas de modifier les parts coraniques

C'est un point essentiel pour comprendre le fonctionnement du système.

Une personne ne peut pas simplement écrire dans son testament :

« Je donne toute ma maison à mon fils. »

ou :

« Je donne la moitié de mon héritage à une personne qui aurait normalement une autre part. »

Le testament est encadré par les règles de la succession islamique.

La wasiyya peut notamment permettre un legs dans les limites prévues par la Sharia, mais elle ne doit pas servir à supprimer arbitrairement les droits des héritiers.

Le principe du tiers est notamment établi par la Sunnah dans le célèbre récit de Sa'd ibn Abî Waqqâs رضي الله عنه.

17. Pourquoi les parts sont-elles différentes ?

Une question revient souvent :

Pourquoi les hommes et les femmes n'ont-ils pas toujours la même part ?

La réponse ne peut pas être réduite à une seule formule.

Dans certains cas, le Coran établit effectivement une différence entre les parts d'un homme et d'une femme, notamment lorsqu'un fils et une fille héritent ensemble. (Quran)

Mais ce n'est pas une règle universelle selon laquelle un homme reçoit toujours deux fois plus qu'une femme.

Les parts varient selon :

  • le lien de parenté ;
  • la présence d'autres héritiers ;
  • le sexe ;
  • la génération ;
  • la situation familiale ;
  • la présence ou l'absence de descendants et d'ascendants.

Dans certaines configurations, une femme peut recevoir une part égale à celle d'un homme, une part supérieure ou être la seule héritière d'une catégorie donnée.

18. Les règles successorales ne peuvent pas être étudiées isolément

Pour déterminer correctement une succession, il faut connaître au minimum :

  • le sexe du défunt ;
  • son conjoint éventuel ;
  • ses enfants ;
  • ses parents ;
  • ses frères et sœurs ;
  • parfois d'autres membres de la famille ;
  • les héritiers encore vivants au moment du décès ;
  • les dettes ;
  • les dispositions testamentaires ;
  • la nature des biens concernés.

Deux personnes possédant exactement le même patrimoine peuvent donc avoir des répartitions successorales complètement différentes selon leur situation familiale.

19. Exemple simple

Imaginons qu'une personne décède en laissant :

  • un fils ;
  • une fille.

Dans cette configuration, le Coran indique que :

le fils reçoit une part équivalente à deux parts de fille. (Quran)

Si le patrimoine disponible pour cette catégorie était de 90 000 €, on aurait :

  • fils : 60 000 €
  • fille : 30 000 €

Soit :

2/3 pour le fils

1/3 pour la fille

⚠️ Cet exemple est volontairement simplifié. Dans une véritable succession, la présence d'un conjoint, des parents ou d'autres héritiers peut modifier complètement le calcul.

20. Les trois versets essentiels

Pour commencer l'étude du mîrâth, trois passages de la sourate An-Nisâ’ sont particulièrement importants.

📖 Sourate An-Nisâ’ — 4:11

Elle traite notamment :

  • des enfants ;
  • des fils et filles ;
  • des parents ;
  • du père ;
  • de la mère.

(Quran)

📖 Sourate An-Nisâ’ — 4:12

Elle traite notamment :

  • du mari ;
  • de l'épouse ;
  • de certaines situations concernant les frères et sœurs ;
  • des dispositions testamentaires et des dettes.

(Quran)

📖 Sourate An-Nisâ’ — 4:176

Elle traite notamment de la kalâla et des situations concernant les frères et sœurs.

(Quran)

21. Le tableau ne remplace pas un calcul successoral

Le tableau présenté dans cet article est un outil pédagogique, destiné à comprendre les principales parts explicitement mentionnées dans le Coran.

Il ne constitue pas à lui seul un calculateur successoral.

Une succession réelle nécessite d'étudier :

  1. les héritiers présents ;
  2. les héritiers exclus par la présence d'autres héritiers ;
  3. les parts fixes ;
  4. le reliquat éventuel ;
  5. le ‘awl lorsqu'il s'applique ;
  6. les règles de ‘asabah ;
  7. les dettes ;
  8. la wasiyya ;
  9. les éventuelles règles particulières de l'école juridique suivie.

22. Pourquoi anticiper sa succession ?

Connaître les règles du mîrâth permet également de mieux comprendre l'intérêt d'un testament islamique.

Le testament ne sert pas à modifier les parts fixées par Allah.

Il peut en revanche permettre de préparer clairement certaines dispositions, notamment :

  • identifier ses biens ;
  • recenser ses dettes ;
  • préciser certains legs ;
  • désigner une personne de confiance ;
  • organiser ses documents ;
  • prévoir certaines œuvres de bienfaisance ;
  • faciliter les démarches de ses proches.

La préparation permet ainsi de réduire les incertitudes au moment où la famille devra gérer la succession.

Conclusion

Les règles de l'héritage islamique constituent un système précis dont les principales bases coraniques se trouvent notamment dans la sourate An-Nisâ’, versets 11, 12 et 176. (Quran)

Le Coran fixe plusieurs parts : 1/2, 1/4, 1/8, 2/3, 1/3 et 1/6, mais leur application dépend toujours de la situation familiale complète du défunt.

Il est donc essentiel de retenir une règle :

On ne peut pas déterminer la part d'un héritier en regardant uniquement son lien de parenté. Il faut connaître l'ensemble des héritiers présents.

Le fiqh al-mîrâth permet justement de transformer les principes révélés en calcul successoral applicable aux différentes configurations familiales.

Comprendre ces règles, c'est protéger les droits de chacun et éviter les erreurs lors de la transmission du patrimoine.

⚠️ Important

Cet article présente les principes généraux des parts successorales mentionnées dans le Coran. Il ne constitue pas une fatwa ni un calcul successoral personnalisé. Les règles détaillées peuvent comporter des divergences entre écoles juridiques, et une succession réelle doit être vérifiée avec une personne compétente en fiqh al-mîrâth ainsi qu'avec un professionnel du droit lorsque la situation juridique l'exige.

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